Celi, une Péruvienne, fait la queue devant le bureau des étrangers de la rue Pradillo, à Madrid. Elle raconte cela avec colère : « J’ai passé deux mois à essayer d’obtenir un rendez-vous pour renouveler ma carte rouge. En vain. Finalement, j’ai payé 80 euros à un inconnu par l’intermédiaire d’une amie. » Ce n’est pourtant pas un cas isolé. Des milliers d’immigrés en Espagne sont confrontés à un système saturé : les rares rendez-vous disponibles sont accaparés par des mafias à l’aide de bots, qui les revendent entre 80 et 500 euros.
Analí, une Vénézuélienne, a passé trois mois à appeler en vain le numéro du ministère de la Politique territoriale. Elle et deux autres membres de sa famille. « C’est désespérant, on passe toute la journée au téléphone. Il y a des gens qui finissent par payer, bien sûr. » María, une Sud-Américaine, a dû débourser 400 euros. « Même les fonctionnaires me disaient que le mieux était d’acheter le rendez-vous », raconte-t-elle. La situation est particulièrement grave pour celles et ceux qui dépendent de ces démarches pour régulariser leur situation ou demander l’asile. Sans rendez-vous, il est impossible d’accéder au système d’accueil ni aux prestations de base.
Voici comment fonctionnent les mafias informatiques
Vicente Martín, avocat chez Parainmigrantes.info, dénonce l’existence de groupes qui utilisent des bots pour accaparer les 40 ou 50 rendez-vous mis en ligne chaque jour par les services des étrangers, les commissariats et les registres d’état civil. « Quand ils sont mis en ligne, il n’y a plus rien à faire », explique-t-il. Ce marché noir opère via des groupes sur Telegram, Facebook, Wallapop ou même des cabines téléphoniques. Le prix varie en fonction de l’urgence et de la demande. Mauricio Valiente, président du CEAR, souligne que le problème est structurel : « Les capacités ne suffisent pas pour traiter les 160 000 à 180 000 demandes d’asile annuelles. » Les régions les plus touchées sont Madrid, le Pays basque, la Catalogne, Valence et l’Andalousie.
L’UGT exige des mesures urgentes de la part du gouvernement : un audit de sécurité et des systèmes tels qu’un CAPTCHA avancé ou une vérification par SMS afin d’empêcher les bots de monopoliser les rendez-vous. Le syndicat réclame également davantage de personnel. Il juge « inacceptable » qu’un service public se soit transformé en une activité commerciale. La pandémie a aggravé la situation en rendant tout le processus en ligne. De nombreux avocats réclament un retour à l’accueil en présentiel sans rendez-vous dans certains bureaux – qui sont souvent vides alors que les migrants sont désespérés.
Si vous êtes dans cette situation, vous n’êtes pas seul. Le système est défaillant et la patience s’épuise. Mais il existe des moyens de s’informer et de partager vos expériences. Essayez de ne pas payer des prix abusifs sans avoir d’abord épuisé toutes les voies officielles.
Si vous rencontrez des difficultés avec votre rendez-vous ou votre démarche administrative, écrivez-nous sur Telegram : https://t.me/cita_extranjeria
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